Démissionner sans préparer son départ, c'est renoncer à 26 000 € avant la première facture. Ce montant vaut pour un développeur à 50 000 € brut avec cinq ans d'ancienneté, et le calcul tient en quelques lignes.
Un projet de freelance se chiffre en général par le tarif et le statut. La sortie du CDI compte autant : la manière de partir décide si les premiers mois sont financés par l'assurance chômage ou par ton épargne.
Les règles ont bougé trois fois en dix-huit mois : le cumul plafonné en avril 2025, l'ACRE réduite en juillet 2026, la rupture conventionnelle raccourcie en septembre 2026. Cet article pose les chiffres sur un même profil, pour une personne en poste, en reconversion récente ou développeur junior qui prépare son départ, puis donne le critère qui départage les options.
Le cas de départ : 50 000 € brut et une décision à prendre
Prenons le développeur confirmé de notre comparatif salarié ou freelance : 50 000 € brut par an, soit environ 3 250 € net par mois, en CDI depuis cinq ans, moins de 55 ans, en métropole. Il veut passer en micro-entreprise et hésite sur la façon de partir.
Sa première année sans revenu lui coûterait environ 39 000 € de salaire net. Aucune aide ne remplace ce montant en entier, mais l'écart entre les options dépasse largement le prix d'une erreur de facturation. L'ARE, l'allocation d'aide au retour à l'emploi, se calcule à partir du salaire journalier de référence, ici 136,99 € (50 000 ÷ 365). La formule de l'Unédic retient le plus élevé de deux montants : 40,4 % de ce salaire plus 13,18 €, ou 57 % du salaire. Le second l'emporte, soit 78,08 € brut par jour, environ 69 € net avec la CSG au taux plein et la retenue retraite.
Ces montants tiennent toujours en novembre 2026, puisque l'Unédic n'a pas revalorisé les allocations au 1er juillet.
Le principe : deux décisions, dans cet ordre
La première décision porte sur la sortie du CDI, et elle fixe la durée de tes droits. La seconde porte sur la forme que prennent ces droits une fois l'entreprise créée, mensuelle ou en capital. Confondre les deux mène à comparer ce qui ne se compare pas.
Trois façons de quitter le CDI
La démission simple n'ouvre aucun droit immédiat. Après 121 jours sans revenu de remplacement, l'instance paritaire régionale peut réexaminer le dossier, et elle examine les efforts déployés pour retrouver un emploi.
La rupture conventionnelle demande l'accord de l'employeur. Elle ouvre l'ARE et une indemnité au moins égale à l'indemnité légale, soit un quart de mois de salaire par année d'ancienneté, ici 5 208 €. Depuis le 1er septembre 2026, la durée maximale passe de 18 à 15 mois avant 55 ans. Le texte de l'avenant fixe le plafond exact à 456 jours.
La démission-reconversion est prévue pour ce type de projet : selon l'Unédic, 7 cas sur 10 visent une création d'entreprise, et environ 15 % des bénéficiaires ont perçu l'ARCE. France Travail exige 1 300 jours travaillés sur les 60 derniers mois, un conseil en évolution professionnelle demandé avant la démission, et l'attestation d'une commission Transitions Pro sur le caractère réel et sérieux du projet, avec une étude de marché et un plan de financement à trois ans. L'accord de l'employeur n'est pas requis. Il n'y a pas d'indemnité de rupture, mais l'indemnisation suit les conditions de tout demandeur d'emploi, et la réduction de septembre vise uniquement la rupture conventionnelle individuelle : le plafond reste à 548 jours, soit trois mois de plus.
Deux façons d'utiliser les droits
Avec le maintien de l'ARE, tu continues à recevoir une allocation mensuelle, réduite selon tes revenus. Pour une perte d'emploi survenue depuis le 1er avril 2025, ce cumul s'arrête quand 60 % du reliquat est consommé. Les 40 % restants ne reviennent que si l'activité cesse ou est mise en sommeil.
Avec l'ARCE, l'aide à la reprise ou à la création d'entreprise, tu reçois 60 % du reliquat en capital, moins 3 % de retenue pour la retraite complémentaire, en deux versements espacés de six mois. Elle suppose d'avoir obtenu l'ACRE auprès de l'Urssaf, et France Travail précise qu'elle est assujettie à la CSG et à la CRDS.
Les chiffres sur le même profil
Le tableau part d'un début d'activité immédiat, sans mois d'ARE consommé avant la création, et du minimum légal pour l'indemnité. La ligne du maintien suppose aucun revenu d'activité pendant toute la période. Tous les montants sont donnés après la retenue retraite, avant CSG, CRDS et impôt, pour comparer ARE et ARCE sur la même base : France Travail ne publie pas le taux ni l'assiette de la CSG sur l'ARCE.
| Sortie du CDI | Option | Perçu sur la première année | Réserve si l'activité s'arrête |
|---|---|---|---|
| Démission simple | Aucune | 0 € | 0 € garanti |
| Rupture conventionnelle | ARCE + indemnité légale | 25 900 € | 13 500 € |
| Rupture conventionnelle | Maintien de l'ARE + indemnité légale | 25 400 € | 13 500 € |
| Démission-reconversion | ARCE | 24 900 € | 16 200 € |
| Démission-reconversion | Maintien de l'ARE | 24 300 € | 16 200 € |
Calculs LaPolaris pour 50 000 € brut, cinq ans d'ancienneté, 78,08 € d'ARE brute par jour, 456 ou 548 jours de droits. Montants arrondis à la centaine.
Le premier enseignement tient dans la première ligne. Entre la démission simple et la rupture conventionnelle avec ARCE, l'écart atteint 25 900 €, soit huit mois de salaire net. Avec la réserve mobilisable en cas d'arrêt, le total monte à 39 400 €.
Le second enseignement porte sur les deux sorties indemnisées. Sur ce profil, la démission-reconversion arrive à 1 000 € d'écart sur la première année, et elle passe devant si l'activité s'arrête, à 41 100 € de total contre 39 400 €. Une indemnité négociée au-dessus du minimum légal réduit cet écart.
Sur un salaire de 38 000 € brut, avec la même ancienneté, l'ARE tombe à 59,34 € brut par jour, et le total rupture conventionnelle plus ARCE à 19 700 €. Les ordres de grandeur restent les mêmes : partir sans dispositif revient à abandonner plusieurs mois de salaire.
ARCE ou maintien : le calendrier change tout
Sans aucun client, sur 456 jours de droits, l'ARCE encaisse plus et plus tôt. La courbe du maintien rattrape le premier versement avant le cinquième mois, puis le second versement repasse devant.
L'écart final tient à moins de 500 €, parce que la retenue retraite de l'ARE se calcule sur le salaire journalier, 4,11 € par jour, et celle de l'ARCE sur le capital. L'allocation a pour elle de valider des trimestres de retraite de base, ce que l'ARCE ne fait pas.
Dès qu'une mission arrive, le maintien fond
France Travail ne retire pas le chiffre d'affaires de l'allocation. Pour un micro-entrepreneur en BNC, la formule de l'Unédic applique un abattement de 34 %, puis déduit 70 % du revenu retenu de l'allocation mensuelle, 2 342 € brut ici. Le résultat divisé par l'allocation journalière donne le nombre de jours payés. Voici ce que cela donne sur notre profil :
| Chiffre d'affaires du mois | Revenu retenu (66 %) | Jours indemnisés | ARE versée, avant CSG et CRDS |
|---|---|---|---|
| 0 € | 0 € | 30 | 2 219 € |
| 1 500 € | 990 € | 21 | 1 553 € |
| 2 500 € | 1 650 € | 15 | 1 110 € |
| 4 000 € | 2 640 € | 6 | 444 € |
| 5 070 € et plus | 3 346 € et plus | 0 | 0 € |
Calculs LaPolaris, nombre de jours arrondi à l'entier le plus proche. Le chiffre d'affaires n'est pas un revenu : cotisations et frais restent à déduire.
À 450 € par jour, le repère utilisé dans notre méthode de calcul du TJM, il suffit de 11,3 jours facturés dans le mois pour ramener l'allocation à zéro. Un développeur qui signe vite une mission à plein temps ne touche donc presque rien en maintien, alors que l'ARCE lui verse 20 722 € quels que soient ses revenus.
Les jours non payés ne sont pas perdus pour autant. Ils restent dans ton capital de droits, et c'est là que se joue le choix, sans verdict universel. L'ARCE transforme tes droits en trésorerie, utile avec une mission signée ou un investissement à financer. Le maintien les garde en assurance, utile pour un démarrage lent ou un projet encore incertain. Le critère tient dans une question : sur les six prochains mois, as-tu davantage besoin de cash ou d'un filet ?
Les pièges de calendrier et de conditions
Créer la micro avant la fin du contrat
Notre guide pour se lancer en freelance décrit la micro-entreprise en parallèle du CDI pour tester le marché. Cette option a une conséquence sur les aides : l'Unédic exclut de l'ARCE les personnes qui ont créé leur entreprise avant la fin de leur contrat, préavis compris, et France Travail demande une création au plus tôt à compter de l'inscription comme demandeur d'emploi. Il reste le cumul de l'allocation avec l'activité conservée. Sur notre profil, l'enjeu est de 20 722 € d'ARCE, à mettre en regard du chiffre d'affaires attendu de cette activité.
Oublier l'ACRE, ou la croire automatique
Sans ACRE, pas d'ARCE. Service Public le rappelle : la demande se fait auprès de l'Urssaf, dans les 60 jours suivant le début d'activité. Pour une micro créée depuis le 1er juillet 2026, l'exonération est tombée à 25 %, ce qui ramène le taux de 25,6 % à environ 19,2 %. Elle court jusqu'à la fin du troisième trimestre civil suivant le début d'activité, d'où l'intérêt de démarrer en début de trimestre.
Négocier une grosse indemnité sans regarder le différé
Tout ce qui dépasse le minimum légal ou conventionnel déclenche un différé spécifique : le surplus divisé par 111,8 donne un nombre de jours sans allocation, dans la limite de 150. Un surplus de 5 000 € décale de 45 jours, auxquels s'ajoutent le différé congés payés et le délai d'attente de 7 jours. Le premier versement de l'ARCE attend lui aussi la fin de ces délais.
Démissionner avant la décision de la commission
En démission-reconversion, l'ordre des étapes compte. Une demande de conseil en évolution professionnelle faite après la démission rend le projet irrecevable. Transitions Pro Grand Est annonce une décision sous deux mois au maximum, puis tu disposes de six mois pour t'inscrire à France Travail. Ensuite, France Travail contrôle tes démarches dans les six mois suivant l'ouverture des droits, avec à la clé une radiation de quatre mois et la suppression de quatre mois d'allocation si le projet n'avance pas. Pour un cadre, le conseil passe par l'Apec.
Compter sur le second versement de l'ARCE
Le second versement exige que l'activité existe toujours et que tu n'occupes pas un CDI à temps plein. Une reprise de poste au cinquième mois coûte 10 361 € sur notre exemple. Après le second versement, la reprise des 40 % passe par la cessation définitive de l'activité et par un différé égal au nombre d'allocations représenté par ce versement, soit environ 133 jours à compter de sa date de paiement.
Rester chez son ancien employeur sous un autre statut
Facturer le même poste après une rupture conventionnelle, avec le même manager, expose à une requalification en contrat de travail, un sujet détaillé dans notre article sur le piège de la mission unique. Pour élargir sa clientèle pendant la période indemnisée, notre catalogue couvre par exemple la CI/CD avec GitHub Actions et Docker pour les développeurs web.
Raisonner sur un salaire au-dessus du seuil de dégressivité
Au-delà de 4 939,67 € brut par mois, et avant 55 ans, l'allocation baisse à partir du 183e jour d'indemnisation, de 30 % au maximum, sans passer sous 92,57 € brut par jour. Les salaires concernés doivent refaire le calcul de ces tableaux : le capital d'ARCE tient compte de ce coefficient s'il s'applique à la date d'attribution.
Tous ces montants restent des simulations sur un profil type. Avant de signer quoi que ce soit, passe ton dossier dans le simulateur de France Travail, puis regarde ce que le statut laisse réellement avec notre comparatif micro, SASU ou portage. Le reste de la préparation, celui qui n'a rien à voir avec le chômage, est dans entreprendre quand on est développeur.